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Interview de Salvatore Minni

Tout d’abord, bonjour Salvatore et merci de m’accorder cet entretien pour le magazine Esprit Livre !

1 ) Première question classique : Comment vous est venue cette envie d’écrire ?

Ah! La fameuse question! Je pensais que votre première question serait plus… folle, ma chère Séverine! (rires) .Pour être sérieux et… classique, donc, l’envie s’est immiscée subrepticement dans ma vie lorsque j’ai appris à lire et à écrire. Disons que j’ai toujours aimé le cours de français, surtout la partie rédaction. Sans trop me rendre compte à quel point cela allait s’imposer à moi. En fait, j’ai réellement pris conscience de mes capacités lorsque j’étais à l’université. J’avais une professeure de littéraire extraordinaire, Madame Françoise Lalande, auteure également. Ce fut au cours d’un exercice de rédaction que cette grande dame m’a fait prendre conscience que j’étais capable d’écrire, pour le plaisir, mais surtout, que j’étais capable d’intriguer le lecteur!

Alors, mes petits textes lyriques se sont petit à petit transformés en courtes nouvelles, pour finalement donner naissance à un roman.J’ai eu la chance de pouvoir croiser Françoise l’année dernière lors d’une soirée organisée par l’Association des écrivains belges. J’ai enfin pu la remercier de m’avoir donné le courage et la force de croire en moi.

Du côté des auteurs, c’est Madame Amélie Nothomb qui m’a donné l’envie d’écrire. J’ai toujours été fasciné par cette écriture incisive, ces personnages écorchés vifs, cette capacité à agacer le lecteur. D’ailleurs, peu de gens s’en rendent compte, mais dans « Claustrations », je fais un clin d’oeil à « Acide sulfurique » (qui est, selon moi, l’un de ses meilleurs romans).

2 ) Parlez-nous de vos racines italiennes et votre histoire avec la France .

Mm, je suis bavard et je parle avec les mains (rires) et j’adore la cuisine… asiatique!

Mes grands-parents sont arrivés à Bruxelles dans les années 60, l’époque de la grande émigration des Italiens. Cela n’a pas été facile pour eux au début. Le politiquement correct était une notion inexistante (même si, à mon sens, il est bien trop présent de nos jours!) Des « mangeurs de macaronis » envahissaient le pays, vous imaginez? Une chanson de Calogero m’a d’ailleurs particulièrement touché lorsque je l’ai écoutée pour la première fois: « Suis-je assez clair », j’ai imaginé mes grands-parents, dans leur quotidien, leurs difficultés, leurs doutes, leur force.

Heureusement, les mentalités ont très vite évolué, la Belgique étant un pays extrêmement ouvert, ils se sont très rapidement sentis chez eux. À leur niveau, humblement, ils ont contribué à construire Bruxelles telle que je la connais et l’adore: ouverte, accueillante, intrigante, surprenante, imparfaite… surréaliste! Ce que je l’aime, ma ville!

Pour ce qui est de la France, hé bien, c’est le pays voisin, notre « cousin ». J’ai eu l’occasion de me rendre à plusieurs reprises à Lille, par exemple. C’est une ville dont j’apprécie la simplicité, l’architecture, les habitants! La toute première fois que je m’y suis rendu, au-delà de l’aspect général qui me rappelle tellement Bruxelles, c’est la gentillesse des Lillois qui m’a le plus frappé. J’espère y retourner bientôt dans le cadre d’une rencontre lecteurs-auteur. L’Alsace est une région formidable également. Mais je l’avoue, je ne suis pas allé plus bas que Paris (ne grincez pas des dents, promis, je vais remédier à cela dès que possible!) Ma relation avec la France est actuellement plutôt virtuelle, si je puis dire. Une relation d’écrivain qui, à distance, fait des rencontres formidables. Des personnes qui ont lu mon roman, qui me contactent pour me dire combien ils ont aimé « Claustrations » ou… à l’inverse, pour me faire part de leur déception. Il en faut pour tous les goûts, donc, tant que cela reste respectueux et constructif, je prends. Des lecteurs de toute la France me contactent. Mon souhait serait évidemment de tous les rencontrer! Cela sera organisé dans un futur proche, je l’espère. Il n’est pas toujours simple de trouver des libraires friands de nouveaux auteurs…

3 ) Racontez-nous votre aventure avec Nouvelles Plumes .

Vous avez du temps? Beaucoup de temps? (rires)

Comme chaque année, depuis deux ou trois ans, Nouvelles Plumes a lancé son Prix du suspense psychologique présidé par M. Franck Thilliez. Après maintes hésitations, j’ai décidé de me lancer en croisant très fort les doigts… J’ai donc finalement rassemblé toutes mes forces dans mon index pour qu’il clique sur « envoyer ». Quelques semaines plus tard, j’ai reçu un courriel m’indiquant que j’étais potentiellement le gagnant du Prix. Ô joie! Ô bonheur! J’ai littéralement fait des bonds dans mon salon! (rires) . Mais, ma moitié, plus terre à terre, ne souhaitait pas que je sois déçu et m’a donc remis doucement les pieds sur Terre: « Sal, c’est une nouvelle incroyable! Mais n’oublie pas… tu es potentiellement le gagnant »Et en effet, les adverbes sont essentiels dans une phrase. Je suis finalement arrivé second au profit de la gagnante: Patricia Hespel, une autre Belge, décidément! 😉Toutefois, M. Jean-Laurent Poitevin, fondateur des éditions Nouvelles Plumes m’a contacté peu après les résultats.

« Écoutez, je ne vous lâcherai pas! J’ai adoré votre roman! Je crois en vous! Je suis convaincu du potentiel de cet ouvrage! Je vous publie prochainement, promis! »Et voilà que mon rêve se réalise en octobre 2017! En tout cas, un de mes rêves. J’en ai encore un tas à réaliser…

4 ) Votre roman «  Claustrations » s’aventure dans les méandres du cerveau humain et dans le monde de la psychiatrie . Une simple envie ou un besoin plus profond ?

Besoin très profond, même, je suis M. Concerto! (rires). Le processus d’écriture est très compliqué. Je vais tenter de m’expliquer…

Au début d’un roman, je ne me dis jamais « je vais écrire sur tel sujet ». Je ne fais pas partie des auteurs qui mettent sur papier un plan avec un début, une fin et entre les deux « comment je vais parvenir à cette fin ». Moi, je m’installe face à mon écran d’ordinateur, avec l’envie d’écrire et je tape des mots. Je ne sais pas où cela va me mener. Je ne connais pas la chute. Le titre, en revanche, s’impose très tôt dans mon esprit. Je sais que cela peut sembler cliché, mais ce sont les personnages qui font de moi ce qu’ils veulent, au début du processus. Et c’est en relisant ce que je viens de taper que les idées fusent. « Lui, je vais le faire évoluer de telle manière » . Pour répondre plus précisément à votre question, j’ai toujours été fasciné par le monde de la psychiatrie. J’ai failli entreprendre des études dans ce domaine avant de me raviser pour me tourner vers l’étude de la traduction et de la linguistique. Si des études de traducteurs-psy ou de psy-traducteurs avaient existé, c’est sans aucun doute les études que j’aurais entreprises!

Mais je vous rassure, Séverine, je suis sain d’esprit. Quoique…

5 ) Il y a un , à un moment donné dans « Claustrations », un petit côté dystopique / roman d’anticipation ( Personnellement , j’ai adoré tous ces passages là ! ) . L’envie aussi d’aller vers ce genre de littérature dans vos écrits ou continuer dans le thriller et le roman noir ?

Je crois que, malgré moi, il y aura toujours un côté dystopique ou d’anticipation dans mes romans. En tout cas, c’est une matière dont j’aime parler: la manière dont je perçois le monde, les sociétés, les humains et comment les choses pourraient évoluer. Dans « Claustrations », j’ai imaginé un futur qui applique un moyen radical de réguler la surpopulation. Je crois qu’une part de moi est convaicue qu’un jour, nous parviendrons à des extrêmes de ce type, malheureusement. Ce doit être d’ailleurs la raison pour laquelle j’aime tellement la série « Black Mirror ». Elle vous gifle littéralement. Chaque épisode vous ébranle. Au bout des 50 minutes, on regarde sa moitié et la discussion est lancée: « T’imagines? On y est déjà, d’une certaine façon. »

Cela va rejoindre ce que j’ai dit précédemment, je ne me dis pas « tiens, je vais parler de la surpopulation et de ces conséquences ». C’est plutôt « Tel personnage a décidé de se cloîtrer. Mais que fuit-il exactement? » Et soudain, tel un coup de massue, la réponse me frappe en pleine tête.

À mon sens, je continuerai à écrire des thrillers avec une touche d’anticipation. J’aime donner des frissons à mes lecteurs. Mais j’aime également leur donner à réfléchir. Que le lecteur se dire « M…! Et si on en arrivait là? Et si nous nous dirigions vers ce type de futur? » Ouvrir le débat. Provoquer des réactions.

6 ) Quelles ont été vos inspirations ? Quels auteurs ont jalonnés votre vie de lecteur ?

Mes inspirations pour « Claustrations »? Un film des années 90 (prononcé nonante, ben quoi, je suis belge, moi! rires) « Identity », pour certains aspects de mon roman. Le vécu de mes proches, parfois. Mes expériences personnelles aussi. Le tout est évidemment exacerbé et tourné de manière à en faire un thriller.

Pour ce qui est des auteurs… Amélie Nothomb pour la langue et ses personnages écorchés vifs. Dean Koontz pour son incroyable capacité à me faire frissonner! Maxime Chattam pour son côté « trash ». Bernard Werber pour sa capacité à me faire rêver et l’anticipation. Franck Thilliez que j’ai commencé à lire, il y a peu, je l’avoue. Mais dont le roman « Puzzle » m’a fait écrier « Mais, j’aurais pu l’écrire! » (rires) . Eric-Emmanuel Schmitt dont le « Lorsque j’étais une oeuvre d’art » m’a fait prendre conscience qu’il était possible d’aller très loin dans le loufoque et rester crédible. J’ai adoré ce roman! Un ovni dans sa bibliographie.

Il y en a tant d’autres: Stephen King, Pierre Lemaître, Guillaume Musso, Graham Masterton, Barbara Abel, Karine Giébel, Yasmina Khadra,…

7 ) Parlez-nous de votre prochain roman ?

Il s’agit d’un thriller. Je l’ai écrit avant « Claustrations », mais je suis en train de le réécrire à la lumière de ce que j’ai appris lors du retravail de « Claustrations ».

J’ai déjà changé la fin 3 fois… La dernière sera la bonne. Disons qu’elle est dans ma tête, je dois encore mettre les mots dessus, mais je pense que vous allez encore une fois vous dire « WTF! », ma chère Séverine. Je l’espère du moins! Je pense que d’une certaine manière, le roman suivant sera encore plus addictif. Il arrive tant de choses à l’héroïne. Elle va souffrir, la pauvre! Je ne peux vous en dire davantage à ce stade, mais disons que j’ai hâte de le soumettre à mon éditeur. Le plus difficile étant de promouvoir « Claustrations » tout en continuant à écrire. Pas toujours évident lorsqu’on travaille par ailleurs.

8 ) Pour finir, quelles sont vos ambitions dans le milieu du livre ? Comment vous voyez vous dans 10 ans ? Est-ce si dur de naviguer dans ce monde là ?

Mes ambitions? Vendre plus de livres que M. Thilliez! (rire sadique)

J’espère pouvoir continuer à écrire et toucher toujours plus de monde. Que Salvatore Minni devienne une référence. Que, lors de dédicaces, la queue de lecteurs soit aussi longue que celle de MM. Werber, Chattam et Norek réunis.

Les rêves nous font avancer, alors rêvons! Dans 10 ans, j’espère répondre à la même question par « Je vis de mon art! Mes romans sont connus et reconnus! Et vous, Séverine, vous y avez contribué… merci! » Il est très difficile de pénétrer dans le monde littéraire qui reste très fermé, finalement.

Les médias ne s’intéressent qu’aux auteurs confirmés ou les gagnants d’un Prix, la plupart des libraires également. Les courriels que j’ai envoyés à différents médias français et même belges (!) sont restés sans réponse, malgré mes relances.

C’est, entre autres, la raison pour laquelle je suis si actif sur les réseaux sociaux. Ils sont devenus incontournables pour faire connaître son art. Entre nous, je me suis laissé prendre au jeu des réseaux sociaux… j’adore publier ma petite photo et lire les réactions de mes fans. J’en profite d’ailleurs pour remercier les personnes qui me suivent et me soutiennent!

Merci encore Salvatore pour ce moment avec vous !

Merci à vous, Séverine! J’ai passé un délicieux moment! À très bientôt!

Claustrations – Salvatore Minni

SYNOPSIS : Ils ne se connaissent pas et pourtant, ils portent le même tatouage sur le bras…
Clara, disparue depuis plusieurs semaines, se réveille un matin étendue sur le sol d’une cellule obscure et infestée d’insectes ; Monsieur Concerto tente de découvrir les raisons qui l’ont conduit dans une chambre d’isolement, tandis que Charles se cloître de son plein gré.
Chacun d’entre eux se retrouvera face à son destin. Mais, dans leur quête de la vérité, ils se rendront très vite compte que les apparences ne sont pas celles qu’ils croyaient…

MON AVIS : ÉNORME coup de coeur pour ce palpitant roman qui nous embarque dans les limbes du cerveau humain ! 3 personnages, 3 façons de subir  l’enfermement, 3 formes de séquestration  … Laissez-vous embarquer dans ce voyage unique ! Un livre comme on en lit peu ! C’est âpre, violent, extrêmement intriguant  … avec un final à couper le souffle !! Un livre que l’on referme complètement sonné et abasourdi ! Ce genre de Livre-Expérience dont je raffole !! Du très haut Psycho/Psychiatrique que je vous recommande à 100 % ! A LIRE D’URGENCE !! ♥♥

MON AVIS EN VIDÉO :

Rivales – Fabrice Brunon

5181Gtx5ARL._SX312_BO1,204,203,200_Synopsis : Quand l’appréhension se transforme-t-elle en inquiétude ? À quel moment la crainte se mue-t-elle en angoisse palpable ? À quel instant précis l’effroi se métamorphose-t-il en une terreur innommable qui vous dévore les entrailles ?
Lorsque votre mari et votre fils sont en retard ? Quand ils ne donnent plus signe de vie ? À la seconde où vous découvrez que leur existence est peut-être le fruit vénéneux de votre imagination gangrenée ?
Seule dans l’imposante demeure familiale et coupée du monde par les éléments déchaînés, Lénore devra affronter les démons du passé et faire face à une terrible vérité qui pourrait bien ébranler sa raison vacillante et remettre en question l’essence même de son être.

Mon avis : Superbe lecture avec ce roman qui va nous entraîner dans les méandres de la folie au féminin ! Un climat très claustrophobique  et oppressant du début à la fin ! On va suivre l’évolution de Lénore grâce à un très bon choix narratif qui nous fait naviguer de Lénore agée de 13 ans en séance chez son psy à Lénore à 35 ans, chez elle, un soir, attendant son mari et son fils . Où est le réel ? Où est l’imaginaire ? … La folie est omniprésente elle ! Palpable au plus haut point … Mon dieu que j’aime cela !! Une lecture faite en apnée ! Obligée de temps en temps de relever la tête pour replonger de nouveau . Bref, je recommande à ceux qui , comme moi, aiment plonger au coeur de la folie, dans un climat glaçant et oppressant , mais au combien palpitant, jusqu’à l’étourdissant dénouement ! Belle réussite pour un 1er roman ! Vivement le prochain !

Ma note pour ce récit complètement addictif mais au combien oppressant et inquiétant ! Bluffant ! Note-18

Hortense – Jacques Expert

9 juin (2)Synopsis : 1993 : Sophie Delalande est folle d’amour pour sa fille Hortense, trois ans, qu’elle élève seule. Celle-ci lui permet d’oublier les rapports difficiles qu’elle entretient avec son ex-mari, Régis, un homme violent qui l’a abandonnée alors qu’elle était enceinte et à qui elle refuse le droit de visite. Un jour, pourtant, Régis fait irruption chez elle et lui enlève Hortense. « Regarde-la. Nous allons disparaître et tu ne la reverras plus. »
2015 : après des années de recherches vaines, Sophie ne s’est jamais remise de la disparition d’Hortense. Fonctionnaire au ministère de l’Éducation, elle mène une existence morne et très solitaire. Jusqu’au soir où une jeune femme blonde la bouscule dans la rue. Sophie en est sûre, c’est sa fille, c’est Hortense. Elle la suit, l’observe sans relâche. Sans rien lui dire de leur lien de parenté, elle sympathise avec la jeune femme, prénommée Anna, tente d’en savoir plus sur elle. La relation qui se noue alors va vite devenir l’objet de bien des mystères. Sophie ne serait-elle pas la proie d’un délire psychotique qui lui fait prendre cette inconnue pour sa fille ? Et Anna est-elle aussi innocente qu’elle le paraît

Mon avis : 7

 

Ma note pour ce sublime roman psycho/psychiatrique dont la fin m’a tout simplement achevée !! Note-19

Un oiseau blanc dans le blizzard – Laura Kasischke

91teg-ezo3LSynopsis : Par une froide journée de janvier une femme disparaît dans l’une de ces banlieues trop propres et trop calmes que le cinéma américain nous a révélées.
Katrina, sa fille unique, croit régler avec un soin méticuleux et lucide ses comptes avec l’image d’une mère destructrice détestée en secret. Mais alors pourquoi ces rêves obsédants qui hantent ses nuits ?

Mon avis : Encore un roman très troublant de Laura Kasischke, un peu comme dans  » Esprit d’hiver  » ! Une écriture très métaphorique et poétique et toujours avec cet auteur un gros côté psycho/psychiatrique que j’aime tant !!  On est en plein dans l’introspection d’une fille et de sa mère qui a disparu du jour au lendemain , donc peu d’action mais beaucoup de pensées et de dialogues intérieurs . Des thématiques intéressantes sont abordées ici : La vie pas toujours facile des mères au foyer qui cherchent parfois un  » quelque chose d’autre « , l’éveil des sens des jeunes filles de 16 ans et la découverte de la sexualité et toujours chez Laura, ce rapport mère/fille qui est son cheval de bataille !! Un roman glacial dans l’intimité d’une famille ...jusqu’à ce puting de dénouement qui m’a retourné !! Bref, j’ai adoré une fois plus l’ambiance intense et glacée que crée l’auteur autour de cette famille !! Une auteur à lire au moins une fois dans une vie de lecteur !!

Ma note pour ce roman acide et glacial d’une auteur qui me plaît de plus en plus : Note-18